W EST S AX S TORY : P RÉSENTATION
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WEST SAX STORY Légèreté, spontanéité, énergie des phrases et expression parfois délibérée : telles sont les maîtres mots de ce programme aux ambiances multiples consacré à la musique américaine et aux œuvres du XXe siècle d’inspiration jazz écrites pour saxophone et piano. Amérique tout d’abord : Robert Muczynski est né à Chicago en 1929 de parents d’origine polonaise et slovaque ; Paul Creston, de son vrai nom Giuseppe Guttoveggio, a vu lui aussi le jour sur le territoire américain, à New-York en 1906. Malgré les origines européennes de leurs auteurs, les œuvres sont représentatives de la musique savante d’outre-atlantique dans laquelle transparaissent les influences jazz et music-hall de cette époque. Si la Sonate de Paul Creston (1949) se caractérise par sa spontanéité et son lyrisme tandis que celle de son compatriote (1979) est par certains aspects (notamment harmoniques) plus moderne, ces deux pièces trouvent leur concordance dans des sonorités chaudes et suaves, ou encore dans un certain balancement : carrures rythmiques irrégulières d’un rondo " crispy " chez Paul Creston ; rythme endiablé, parfois musclé, ou très sensible dans l’œuvre de Robert Muczynski. Né au début du XXe siècle aux Etats-Unis et tirant ses origines de la culture afro-américaine, le jazz inspira nombre de compositeurs du siècle dernier. Si un artiste tel que George Gershwin est si populaire encore aujourd’hui, c’est que, outre son inspiration sans borne et son millier de mélodies, il fut l’un des premiers compositeurs à intégrer de manière aussi évidente et aussi éclatante ce genre musical au départ dit populaire, le jazz, dans la musique classique. Cette alliance de genre dans notamment la Rhapsody in Blue qui eut un succès inouï dès sa création en 1924, traversa rapidement l’Atlantique et l’on vit apparaître en Europe toutes sortes d’œuvres au titre exotique et au caractère ambigu. Le compositeur tchèque Erwin Schulhoff intègre certains traits " jazz " à sa musique dès les années 1920 et en produit une forme très européenne. Sa Hot-Sonata (1930) n’est en effet pas dénuée d’une élégance raffinée, sans se prendre tout à fait au sérieux. Mais cette œuvre à l’esprit cabaret n’hésite pas non plus à mener jusqu’à la caricature certains gestes expressifs volontairement accentués (notamment dans le 3e mouvement, lamentuoso ma molto grottesco). Ce genre musical fut ainsi décrié, traité d’"art dégénéré" par les nazis et volontairement oublié dans le contexte de malaise socio-historique de l’Allemagne de l’entre deux-guerres ; une époque où le saxophone sera lui-même considéré comme un instrument décadent. A la suite d’une phénoménale évolution des langages musicaux qui eut lieu dans la seconde moitié du XXe siècle, le mélange de genres devint une évidence et une nécessité artistiques. En Europe, des compositeurs fervents défenseurs d’une musique intellectuelle nommée "le sérialisme" n’hésitent pas y intégrer quelques inspirations jazzy afin de donner des allures protéiformes à l’œuvre. La Sonate datée de 1970 du compositeur russe Edison Denisov en est le parfait exemple. L’écriture pour saxophone est à bien des égards très novatrice, notamment en ce qui concerne la technique instrumentale. Comment tirer partie de la personnalité et du bagage historique de cet instrument tout en l’innovant au sein d’un cadre sériel rigoureux ? Cela advient notamment, de manière tout à fait évidente et surprenante, dans le 3e mouvement. La main gauche au piano évoque le walking basse (habituellement destinée à la contrebasse) au-dessus de laquelle les parties de saxophone et de piano, bien que savamment écrites, donnent l’illusion d’une improvisation libre, allant jusqu’à imiter le free jazz, forme la plus absolue et la moins "politiquement correcte" du jazz dont la seule règle est la totale improvisation des musiciens. Enfin, la dernière œuvre présentée ici, Klonos , composée par le belge Piet Swerts en 1993, est représentative de la musique actuelle de ces vingt dernières années. Totales hétérogénéités où se mêlent longues phrases suaves et souples, harmonies néo-tonales et rythmes jazz’n blues. À travers cette richesse d’une « unité-diversité », le duo Atyopsis a décidé de rassembler dans son programme des pièces certes d’origines différentes mais dont chacune navigue entre les genres, musique classique, jazz, mais aussi les ambiances, musique de film, music-hall, cabaret voire même variété. Des lieux enfumés, aux lumières tamisées, avec en fond sonore de faibles bavardages, quelques rires et le choc des verres mettront parfaitement en valeur le contenu de ce programme. Le public est convié à s’imaginer les atmosphères, les milieux urbains, les époques qu’il voudrait ressentir et voir apparaître quand le saxophoniste et le pianiste, habillés en conséquence, interprètent leur répertoire.
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alexandre souillart